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Nouvelle publication : les violences intrafamiliales en Région de Bruxelles-Capitale en période de confinement

Bruxelles Prévention et Sécurité (BPS) publie ce jour les résultats d’une analyse portant sur les violences intrafamiliales (VIF) en Région de Bruxelles-Capitale durant le confinement lié au covid-19. Cette étude démontre que le confinement n’a pas créé en soi la violence conjugale : le maintien à domicile a parfois mené à une augmentation des épisodes de violences ou au contraire à un apaisement de la situation. De même, le triplement des appels constaté dans cette période de crise sanitaire ne signifie pas un triplement des situations de violence conjugale. La réalité est plus nuancée.

« Cette étude importante participe d’une approche transversale intégrant la sensibilisation, la prévention, l’accompagnement des victimes, la répression et l’accompagnement des auteurs. Elle vise notamment à mesurer les phénomènes, en récoltant de manière systématique les données liées aux violences faites aux femmes auprès des différents intervenants concernés. Il s’agit d’un véritable fléau social, ayant des impacts non négligeables sur tous les membres de la famille, tant pour la victime que pour les proches qui en sont témoins et particulièrement pour les enfants. Il convient de s’attaquer à cette problématique de manière structurelle et mon gouvernement s’y engage par la mise en place de plusieurs mesures », déclare Rudi Vervoort, Ministre-Président de la Région de Bruxelles-Capitale.

 « On combat mieux ce que l’on connait. C’est dans cet esprit qu’en tant que présidente de la Task Force intrabruxelloise contre les violences faites aux femmes, j’ai demandé à BPS de réaliser cette première étude sur  l’incidence du confinement sur les violences intrafamiliales. Il s’agit d’une étude inédite : en effet c’est la première fois qu’une analyse croisée des statistiques policières, des demandes d’hébergement et des lignes d’écoute et de soutien a été réalisée, avec le concours du secteur associatif. Ce ne sera pas la dernière non plus : au-delà de la crise du Covid, cette étude continuera à être menée, d’année en année, comme le prévoit le premier Plan Bruxellois de lutte contre les violences faites aux femmes que le gouvernement bruxellois vient d’adopter », précise encore Nawal Ben Hamou, Secrétaire d’Etat à l’Egalité des Chances.

Bruxelles Prévention et Sécurité a collecté des données quantitatives et qualitatives sur les violences intrafamiliales en Région de Bruxelles-Capitale du 16/03/2020 au 17/05/2020 auprès d’acteurs variés comme la police, les lignes d’écoute et les ASBL prenant en charge les victimes ou les auteurs ou gérant des centres d’hébergement pour victimes. Cette approche transversale et multidisciplinaire a permis, par son caractère inédit, d’aboutir à une vision nuancée de la problématique. Elle dépasse les chiffres de la criminalité enregistrée par la police et éclaire le vécu des personnes impliquées dans les situations de VIF pendant le confinement. L’étude se penche sur l’impact du confinement sur les victimes, les auteurs et les professionnels qui les prennent en charge.


Données policières : diminution des faits de violences intrafamiliales enregistrés
Les données policières montrent une diminution du nombre de PV et de faits de violences intrafamiliales enregistrés pendant la période du confinement par rapport à la moyenne des années précédentes (2018-2019). Il faut toutefois tenir compte d’un délai pour le dépôt des plaintes (les victimes ayant difficilement accès aux commissariats pendant le confinement) et d’un délai d’encodage des PV par les services de police. 

Un triplement des appels ne signifie pas un triplement des situations de violence conjugale
Pendant le confinement, on a observé une augmentation importante des appels passés aux lignes d’écoute (Ecoute Violences Conjugales et 1712). Mais cette tendance n’indique pas une hausse de situations de violence conjugale. À côté des appels de victimes, beaucoup d’appels ont été passé par des familles inquiètes pour un proche d’une part, et par des particuliers ou professionnels proposant leur aide d’autre part. La publicité faite autour du numéro d’écoute dès le début du confinement a également dû jouer un rôle dans l’augmentation des appels, sans que cela ne reflète nécessairement une augmentation des faits.

La violence conjugale : Une violence de genre 
La violence conjugale est une problématique genrée. En effet, parmi les PV pour violences intrafamiliales enregistrés par la police pendant le confinement, trois quarts des victimes identifiées sont des femmes contre un quart d’hommes. La part des garçons est élevée parmi les victimes mineures (un à deux tiers selon les zones), alors que pour la tranche d’âge des 18-49 ans, les violences sont davantage liées au genre. 

Le confinement a amplifié les difficultés pour les victimes de violences conjugales mais a aussi apaisé certains auteurs
Derrière les chiffres de la police et des appels aux lignes d’écoute, l’étude aborde le vécu des personnes dans toute sa complexité. La violence conjugale est un processus systémique, différent du simple « conflit conjugal ». Elle n’est pas, en soi, créée par le confinement. Les victimes de violence conjugale ont, par contre, été mises davantage sous pression, confinées avec un conjoint violent, confrontées à des difficultés pour s’isoler et appeler à l’aide en cas de besoin. 
Mais une situation n’est pas l’autre. Certaines victimes ont fait face à davantage d’épisodes de violence pendant le confinement, au point de devoir parfois fuir leur domicile dans l’urgence. Les demandes d’hébergement ont, en effet, fortement aug7menté. A l’inverse, d’autres témoignent d’un apaisement de la situation. 
Les auteurs suivis par l’asbl Praxis – association spécialisée dans la prise en charge d’auteurs de violence conjugale – font également état de cette double tendance : certains considèrent le confinement comme générateur de tensions, mais pas comme déclencheur de passage à l’acte. D’autres rapportent une diminution des tensions, en lien avec la diminution de l’alcoolisation extérieure, des sorties, de la jalousie, et avec une satisfaction dans leur recherche de contrôle du partenaire.

Le confinement a compliqué la prise en charge des victimes 
Il ressort des constats des professionnels durant cette période que les services de première ligne ont dû gérer des situations complexes, sans toujours pouvoir réorienter les victimes vers les services (tournant au ralenti voire à l’arrêt) nécessaires pour une prise en charge globale (CPAS, aide psycho-sociale, juridique, administrative…). Sur ce dernier point, l’étude met en lumière la nécessité de la collaboration de multiples acteurs et d’une prise en charge en réseau, multidisciplinaire, sur le long terme, pour apporter une aide effective aux victimes de violences intrafamiliales.