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Une étude de Bruxelles Prévention et Sécurité met en évidence les difficultés des victimes de violences intrafamiliales durant la crise sanitaire

Bruxelles Prévention et Sécurité (BPS) publie ce jour les résultats de sa deuxième analyse dédiée aux violences intrafamiliales en Région bruxelloise pendant la période de crise sanitaire liée au coronavirus. Celle-ci met en évidence que plus les mesures sanitaires restreignent les contacts autorisés, les déplacements et les activités, plus les services d’écoute, de soutien et d’aide sont sollicités. Ces restrictions engendrent également une diminution des faits rapportés à la police.  Ces constats se sont plus nettement manifestés lors du premier confinement. 


L’analyse de l’Observatoire illustre l’impact considérable des mesures de restrictions des activités, des déplacements et des contacts sociaux de ces derniers mois sur les victimes de violences intrafamiliales. Isolées, privées de contacts sociaux – personnels ou professionnels, celles-ci ont, en effet, vécu des situations de stress et de tensions très élevées. 


Des situations plus aigües pour les victimes: entre stress, tensions et réelle « urgence »
Les lignes d’écoute ont été d’autant plus sollicitées – par les victimes, par leurs proches inquiets, ou par les professionnels – que les mesures sanitaires étaient plus strictes. Les appels reçus par les lignes Ecoute Violences Conjugales et le 1712 néerlandophone ont ainsi triplé en avril 2020 par rapport à la période pré-confinement. Les demandes d’hébergement enregistrées par le centre de prévention des violences conjugales et familiales (CPVCF) ont également fortement augmenté (+253% en avril 2020 par rapport à la moyenne des 4 mois précédent le confinement). Ces associations restent fortement sollicitées durant l’été (moins que pendant le confinement, mais plus que précédemment) et davantage encore en automne avec le nouveau durcissement des mesures. Toutes témoignent de situations de tensions et de stress importants et d’une réelle « urgence » dans de nombreux cas.


Le confinement complique le dépôt de plainte 
Si les commissariats sont restés ouverts et accessibles pendant toute la crise sanitaire, il était encore plus difficile pour les victimes de porter plainte pour des faits commis dans un contexte de confinement que d’ordinaire : les personnes victimes de ces violences, à domicile avec un conjoint violent, n’ont pas toujours la possibilité de se rendre au commissariat (ou pensent que celui-ci n’est pas accessible), ou craignent de se déplacer en raison du risque sanitaire. On observe ainsi, en avril 2020,  une diminution de 23% des PV enregistrés par la police bruxelloise pour violences intrafamiliales par rapport à la moyenne d’avril 2018 et 2019. Les faits enregistrés repartent à la hausse durant l’été avant de connaître une nouvelle diminution avec le deuxième confinement à l’automne (-14% en novembre 2020 par rapport à la moyenne pour novembre 2018 et 2019). L’accès à la police, en période de crise, est donc un enjeu crucial en matière de violences intrafamiliales.


Une conscientisation croissante du phénomène
La situation à l’automne 2020 n’est pas celle du mois d’avril de la même année. Bruxelles Prévention & Sécurité identifie certains éléments qui viennent en partie contrebalancer les difficultés rencontrées par les victimes en allégeant la pression et l’isolement qu’elles subissent. Il s’agit de l’ouverture des écoles – qui offre aux victimes une opportunité de sortir du domicile, du maintien des activités en présentiel pour une série de services de première ligne – permettant une meilleure prise en charge, du développement de dispositifs à bas-seuil d’accès (type chat) – faciles à utiliser dans un contexte de confinement pour éviter l’isolement total des victimes. On mentionnera aussi la conscientisation croissante quant à la problématique des violences intrafamiliales dans le chef des victimes, peut-être plus enclines à déposer plainte ou à chercher une aide adéquate, comme de la population générale et des professionnels. 


« En quantifiant et en objectivant la violence intrafamiliale, la première étude de Bruxelles Prévention et Sécurité, réalisée au mois de juillet, a permis une conscientisation collective du phénomène de violences intrafamiliales. Aujourd’hui, chacun s’accorde sur le fait qu’il convient de considérer cette problématique avec la plus grande attention, eu égard aux dommages physiques et psychologiques qui en découlent. Ce deuxième travail de fond s’inscrit dans la continuité et permet d’enfoncer un peu plus le clou encore ! Informer les acteurs concernés et sensibiliser le public permettent de mobiliser toutes les ressources en faveur des victimes afin de les sortir de l’enfermement de la violence. La Région en fait une affaire publique, une affaire de toutes et tous pour une société plus juste. », souligne le Ministre-Président Rudi Vervoort.


Communication, hébergement et dépôt de plainte relevés comme points d’attention
Les phénomènes de violences intrafamiliales sont complexes, tout comme les réponses à y apporter. D’une part, des solutions doivent être mises en place face à l’urgence de la crise sanitaire. D’autre part, il s’agit d’envisager des dispositifs structurels, afin d’apporter aux victimes une aide dans la durée dans un processus de sortie de la violence. L’analyse a mis en évidence plusieurs éléments auquel il convient de prêter attention dans la mise en place de ces projets et dispositifs. 


La communication autour des services disponibles pour les victimes de violences intrafamiliales, comme les lignes d’écoute, a entraîné une sollicitation supplémentaire de ceux-ci. Cela pose la question de la capacité de ces services à gérer cet afflux important de demandes. La communication autour des services existants à destination spécifique des auteurs reste, quant à elle, encore à développer. L’hébergement, non seulement d’urgence, mais aussi à plus  long terme, des victimes de violence conjugale, demeure un point d’attention majeur, de même que la prise en charge des victimes en situation de précarité ou de vulnérabilité. Enfin, les services de police, et en particulier le dépôt de plainte semblent difficilement accessibles aux victimes en période de crise sanitaire. Cela met en lumière l’importance cruciale du bas seuil d’accès pour l’ensemble des dispositifs mis en place pour la détection, l’aide et la prise en charge des victimes et des auteurs de violences intrafamiliales.